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Pour garder les pieds sur terre sans avoir la tête en l’air,
il faut avoir du plomb dans la cervelle.
Claude Frisoni

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Mon Grand père un mineur en plein dans son siècle

mardi 19 avril 2016, par formiweb


Ce texte ne se veut pas politique, il est simplement une description de la vie d’un homme qui toute sa vie a lutté contre l’injustice et la misère.

Jean-Marie est né le 9 mai 1890 et mort le 11 septembre 1976 à l’âge de 86 ans , il aurait sûrement vécu centenaire tout comme sa mère si la silicose ne l’avait pas rongé.Ce prénom il l’avait hérité de son frère mort à quatre ans, il aurait dû s’appeler Joseph, mais le laxisme de l’état civil de l’époque à fait que.
Fils d’une famille de sept enfants, son père Claude, compagnon du devoir avait travaillé à la mine et été renvoyé pendant les grèves de la fin 19éme. Il fréquentait les auberges nombreuses, lieux de discussion et d’ébriété. Sa mère Françoise était nourrice pour les « enfants de riche ». Ses propres enfants étaient gardés par une sœur et nourris au lait chèvre ou de vache ( grande cause de mortalité infantile). Elle revenait avec un peu d’argent, du linge et une certaine éducation. Elle avait aussi été trieuse de charbon à la mine. Ils vivaient dans une petite maison aux Goujon, près de Montceau-les-Mines . Une seule pièce très sombre avec son unique fenêtre étroite, un poêle, un lit, un coffre, c’était à peu près tout. Misérables mais dignes.

Son éducation, le grand père l’avait faite chez les frères Maristes au bourg de Saint-Vallier, jusqu’à l’âge de neuf ans, vers l’ancienne école. Ils étaient autoritaires, injustes et brutaux, les châtiments corporels étaient fréquents. Il faut dire que clergé et patronat minier faisaient corps. Il ne fallait pas se compromettre avec l’école laïque naissante, source de réflexion et de contestation. Il existait bien une école laïque à Saint-Vallier, mais les parents étaient renvoyés de la Mine si les enfants la fréquentaient. Jean-Marie manifeste sa première rébellion : il lance un de ses sabots à la figure d’un frère. Il ne voudra pas faire de catéchisme ni de communion. Il quittera l’école sachant tout juste lire.

Placé en maître à dix ans il va garder les troupeaux et faire des travaux pénibles. Il est payé à l’année par des gages. A la fin d’une année il revient à la maison et perd ses gages. Que de travail pour rien et un manque pour la famille.

A 12 ans il est maçon à la Mine Saint-Etienne, il travaillera ensuite au fonçage, travail très pénible en double poste. C’était un ouvrier très considéré, proposé à l’avancement comme chef de poste, il refuse, car la promotion implique la soumission et la non combativité et permet d’entrer dans le jeu des exploitants. Baigné par les luttes de son propre père, il est déjà en pleine « lutte des classes ».

Il quittera les Mines le 14 septembre 1909. Le 27 novembre il devance l’appel et s’engage volontaire dans le premier régiment de marche de la légion étrangère (matricule n° 43647). Il ira au Maroc ( Sahara extrême sud et Fès) et en Indochine ce jusqu’au 12 juillet 1914. Recruté à Dijon sous le matricule LM620. Il devra le 16 septembre 1914 participer à la « sale guerre », blessé deux fois, une blessure à l’oreille gauche qui lui donnera une surdité à vie, l’autre, par un coup de feu à la main en 1916 à Belloy en Santerre dans la Somme, il perdra la première phalange de son pouce gauche. En 1917 à Belfort, il se mutine, le symbole suprême de l’insubordination avait été de mettre le drapeau Français dans les « chiottes ». Il fait le mur et s’échappe en suisse sous un faux nom de consonance allemande Smesman Henri. Il reviendra finalement à la ville de Saint-Vallier et y sera facteur vers 1923, ce qui l’amènera à connaître beaucoup de monde.

Sa fascination pour la révolution Russe de 1917 qui semble concrétiser les idées Marxistes et donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais eu, le motive. Il fait parti des justes mal informés de ce qui se passait réellement à l’Est, ne sachant rien des exactions et du totalitarisme. Ils avaient conscience qu’un mouvement naissait, qui allait libérer le Monde en s’internationalisant.

Au Parti communiste dès ses débuts. Il sera chef de section à Montceau où le local était souvent mis à sac. Il rejoint les premiers anarchistes et socialistes avec le parti ouvrier de Jules Guesde. Des syndicats se créent qui peu à peu soutiendront les luttes pour devenir représentatifs et exiger des améliorations de la condition ouvrière. En 1923 naît son premier enfant, Claude Henri, il aura plus tard une fille Simone en 1933.

En 1936 il protégera des réfugiés espagnols et organisera des quêtes pour les aider. Apothéose, le front populaire voit triompher les sans grades.

Révoqué de son travail de facteur par le gouvernement de vichy en 42 car soupçonné de résistance, il a failli être fusillé, quelques jours en prison à Autun il sera sauvé par les témoignages de Mr DOROT receveur des postes qui a su dérouter la Gestapo. Il fait passer de nombreuses personnes dont beaucoup de juifs à la ligne de démarcation qui passait à la « Croix Racot » et au Mazilles.

En mars 1945 après le cessez le feu, il entre dans la fonction de premier adjoint au maire socialiste Mr Sandon professeur de mathématique qui à ses dire travaillait « assis ». Lui parcourt Saint-Vallier en vélo ou en mobylette avec son carnet et note les besoins des gens, mais ce n’est plus le facteur qui passe. Il n’y a pas pour lui de petits problèmes, il écoute et agit. Les problèmes quotidiens des mineurs sont traités. D’où la naissance d’une popularité conquise dans tous les milieux, au delà des clivages politiques. L’année suivante il conduit une liste et est élu au premier tour maire de Saint-Vallier à 56 ans.

Il fera la sentinelle près des ministères, obtiendra des fonds et fera réaliser des travaux routiers, qui permettront aux voies d’être carrossables. Il entamera des travaux d’assainissement, obtiendra la nationalisation des écoles des houillères au Gautheret (Casanova, Cotton et Jolio-Curie). Il mettra à la disposition de la population une assistante sociale et créera un centre social. Un centre aéré sera créer pour les enfants et j’en passe.

Durant ses mandats, il reçoit à tout heure chez lui ou à la permanence de la mairie. Les démunis sonnent à sa porte. Il s’occupe d’eux pour trouver logement et travail. Il créera deux cités HLM car les logements sont manquants à cette époque. Il lui arriva même de loger des personnes chez lui.
Il s’impliquera dans la communauté Polonaise des Gautherets et participera aux grands événements de celle-ci. Il aidera aux paperasseries administratives et défendra les expulsés.

Après 25 ans de mandat municipaux, plus d’un quart de siècle, il quitte volontairement la mairie. Cheveux blancs, visage ridé, petites moustaches, il restera une grande figure de la politique du bassin minier. Voilà en résumé la vie de mon grand-père. Tout jeune j’admirai sa générosité et son dévouement. Un communiste au début du siècle.

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